Antiquité : les premières cités assainies
L'histoire des toilettes remonte à l'origine de la civilisation : dès qu'un grand nombre de personnes se trouve réuni au même endroit, il y a besoin d'un système pour évacuer les ordures et les excréments. Les archéologues ont mis au jour des vestiges de réseaux d'eau voire de toilettes à chasse d'eau. La ville de Harappa (Pakistan), au XXVè siècle av. J.‑C., dans la civilisation de la vallée de l'Indus, comprenait des toilettes fonctionnant à l'eau dans chaque maison, liées par des drains couverts de briques d'argile cuite ; d'autres villes comme Mohenjo-daro et Lothal présentent des systèmes similaires. On retrouve des « égouts » en briques similaires en Mésopotamie, ainsi que des tuyaux en terre cuite dans les palais minoens, qui transportaient l'eau sous pression aux fontaines. Des tranchées en pierre transportaient les eaux usées. Des systèmes similaires auraient existé en Égypte et en Chine ancienne.
L'histoire des toilettes remonte à l'origine de la civilisation : dès qu'un grand nombre de personnes se trouve réuni au même endroit, il y a besoin d'un système pour évacuer les ordures et les excréments. Les archéologues ont mis au jour des vestiges de réseaux d'eau voire de toilettes à chasse d'eau. La ville de Harappa (Pakistan), au XXVè siècle av. J.‑C., dans la civilisation de la vallée de l'Indus, comprenait des toilettes fonctionnant à l'eau dans chaque maison, liées par des drains couverts de briques d'argile cuite ; d'autres villes comme Mohenjo-daro et Lothal présentent des systèmes similaires. On retrouve des « égouts » en briques similaires en Mésopotamie, ainsi que des tuyaux en terre cuite dans les palais minoens, qui transportaient l'eau sous pression aux fontaines. Des tranchées en pierre transportaient les eaux usées. Des systèmes similaires auraient existé en Égypte et en Chine ancienne.
C'est sans doute en Rome antique que l'on trouve les aménagements sanitaires les plus connus. Deux dieux y sont même dédiés : Stercutius pour les « lieux d'aisance » et le fumier, et Crepitus pour les flatulences, ainsi qu'une déesse, Cloacina, qui veillait sur l'égout principal. Ce Cloaca Maxima ne collectait toutefois que les eaux de pluie : les excréments étaient déversés dans les rues, où ils s'accumulaient dans un canal central jusqu'à ce que la pluie nettoie la rue. Mais Frontin, en charge des eaux vers l'an 100 se plaignit qu'il n'y avait plus assez d'eau pour nettoyer les rues, l'eau étant déviée vers les quartiers périphériques.
À Rome, les patriciens utilisaient généralement des pots de chambre, qui étaient vidés par des esclaves. L'empereur Héliogabale était ainsi réputé avoir « des pots de chambre en myrrhe et en pierre d'onyx ». De son côté, la plèbe avait recours aux bains publics et aux toilettes publiques, conçues pour évacuer les excréments (de l'eau circulait sous le trou). Les vespasiennes tirent leur nom d'une anecdote touchant l'empereur romain Vespasien (9-79) qui avait eu l'idée de mettre un impôt sur l'urine. Celle-ci était en effet récupérée par les teinturiers et blanchisseurs à qui elle servait au dégraissage des vêtements. Les auteurs anciens nous racontent que Vespasien, moqué pour ces économies de bouts de chandelles, aurait répondu en substance que « l'argent n'a pas d'odeur ».
C'est aussi dans les lieux communautaires que l'on trouve des exemples d'assainissement, comme dans les monastères. Au IVè siècle av. J.‑C., les milliers de moines bouddhistes de la ville d'Anurâdhapura dans l'actuel Sri Lanka utilisaient des pots poreux pour filtrer l'urine, tandis que les excréments étaient réutilisés comme engrais. Cette réutilisation des excréments s'est retrouvée dans de nombreuses civilisations où l'agriculture était prépondérante : 90 % des excréments sont encore réutilisés en Chine de nos jours, et à Londres jusqu'à la révolution sanitaire du XIXè siècle, les fosses d'aisance étaient vidées manuellement la nuit, et les excréments étaient séchés et emportés sur des carrioles et des barges vers la campagne du Hertfordshire et du Hampshire.
Moyen Âge : puanteur en Europe, récupération en Asie
Le Moyen Âge marque une séparation entre l'Europe et l'Asie. En Asie, les excréments sont souvent réutilisés comme engrais, à travers un système organisé. C'était le cas au Yémen où, dans la ville de Sanaa réputée pour sa propreté par l'historien al-Hamdani, les toilettes étaient de petites pièces en haut des bâtiments, d'où les excréments tombaient dans des fosses en contrebas, au niveau de la rue. Les excréments étaient ensuite vidés régulièrement par une trappe, puis séchés au soleil et utilisés comme carburant. Ce système de récupération existait aussi dans d'autres villes asiatiques comme Kaboul en Afghanistan, où des fosses étaient vidées, et les excréments emmenés vers les champs par carriole. Ces systèmes permettaient de laisser les excréments sécher et devenir plus « manipulables » - moins désagréables également. En Inde en revanche, la défécation était pratiquée dans la nature le plus souvent, au bord d'une rivière ou de la mer, tandis que les toilettes des châteaux débouchaient sur les rivières ou un lieu vide. Au Bhoutan, les dzongs avaient des protubérances en bois servant de toilettes, et surplombant le vide.
En Europe, il est alors plus rare que les excréments soient desséchés. Les édifices importants (châteaux, abbayes médiévales toutes construites avec un plan hydraulique et des latrines individuelles ou collectives avec sièges en bois ou en pierre) fonctionnaient comme les monastères du Bhoutan et les forts indiens, où les excréments tombaient dans le vide et s’évacuaient avec les eaux des douves ou de canaux aménagés (le plus courant étaient les « latrines à encorbellement » puis les « latrines à conduit biais », latrines aménagées dans l'épaisseur du mur et dont le conduit débouchait directement sur le parement des murs, ce qui provoquait pollution olfactive visuelle) ou fonctionnaient avec des « latrines à fosse » (latrines construites dans l'épaisseur du mur avec un conduit d’évacuation débouchant sur une fosse elle même ménagée dans le mur à son aplomb et périodiquement curée). Les villes connaissaient davantage de problèmes, car il était rare qu'il existe un système organisé de collecte et d'évacuation des excréments. Les habitants allaient dans des latrines publiques (cabanes sur les rivières ou fossés, sièges en planches percées posées sur des rondins. Les résidents des habitations privées utilisaient souvent des pots de chambres qui étaient vidés dans les rues avec les ordures. Ainsi, en 1671 à Berlin, les excréments s'accumulaient à un tel point devant une église qu'une loi fut votée obligeant les paysans visitant la ville à en embarquer une partie avec eux en repartant. Les résidants plus aisés faisaient parfois construire des édicules dans leur cour. Paris n'était guère mieux, où les habitants déféquaient directement dans les rues, tandis qu'à Versailles les courtisans faisaient leurs besoins derrière les portes, sur les balcons ou dans les jardins, sans s'en cacher. Les pratiques variaient entre les pays : La Rochefoucauld se dit ainsi choqué par les mœurs anglaises, notamment par les pots de chambre près de la table que les gens utilisaient même pendant le repas, à la vue de tous. L'Angleterre n'était pas mieux que la France : les cabanes au-dessus des rivières ont existé, mais de façon assez marginales. La plupart des « toilettes » débouchaient directement sur des fosses d'aisances rarement étanches, dont le contenu pénétrait dans le sol ou devait être vidé régulièrement. Le contenu était revendu aux fermiers voisins de la ville et, pendant les guerres anglo-espagnoles, revendu pour fabriquer le salpêtre utilisé dans la poudre à canon. Les fosses d'aisance étaient dangereuses et, quand elles étaient installées dans les caves, pouvaient facilement déborder comme le raconte Samuel Pepys dans son Journal.
Les problèmes se posaient surtout dans les villes européennes qui grandissaient ; à la campagne, les latrines étaient communément utilisées, consistant souvent en un banc percé de trous, au-dessus d'une large fosse, le tout dans une cabane séparée de la maison. Dans les villes, les classes nobles disposèrent de chaise percée à partir du XVIè siècle 21. Les classes aisées utilisaient des pots de chambre, parfois fermés et surmontés d'un siège percé plus confortable, vidés par les domestiques. Les classes plus pauvres utilisaient un coin de leur cave ou vidaient un pot de chambre dans la rue. Cette dernière pratique a dû être interdite dans les grandes villes : à Londres comme à Paris, il était interdit de décharger de l'eau dans les canaux des rues, jusqu'au milieu du XIXè siècle. Ces conditions vont mener à la création de la chasse d'eau au XVIè siècle et aux égouts au XIXè siècle.
Moyen Âge : puanteur en Europe, récupération en Asie
Le Moyen Âge marque une séparation entre l'Europe et l'Asie. En Asie, les excréments sont souvent réutilisés comme engrais, à travers un système organisé. C'était le cas au Yémen où, dans la ville de Sanaa réputée pour sa propreté par l'historien al-Hamdani, les toilettes étaient de petites pièces en haut des bâtiments, d'où les excréments tombaient dans des fosses en contrebas, au niveau de la rue. Les excréments étaient ensuite vidés régulièrement par une trappe, puis séchés au soleil et utilisés comme carburant. Ce système de récupération existait aussi dans d'autres villes asiatiques comme Kaboul en Afghanistan, où des fosses étaient vidées, et les excréments emmenés vers les champs par carriole. Ces systèmes permettaient de laisser les excréments sécher et devenir plus « manipulables » - moins désagréables également. En Inde en revanche, la défécation était pratiquée dans la nature le plus souvent, au bord d'une rivière ou de la mer, tandis que les toilettes des châteaux débouchaient sur les rivières ou un lieu vide. Au Bhoutan, les dzongs avaient des protubérances en bois servant de toilettes, et surplombant le vide.
En Europe, il est alors plus rare que les excréments soient desséchés. Les édifices importants (châteaux, abbayes médiévales toutes construites avec un plan hydraulique et des latrines individuelles ou collectives avec sièges en bois ou en pierre) fonctionnaient comme les monastères du Bhoutan et les forts indiens, où les excréments tombaient dans le vide et s’évacuaient avec les eaux des douves ou de canaux aménagés (le plus courant étaient les « latrines à encorbellement » puis les « latrines à conduit biais », latrines aménagées dans l'épaisseur du mur et dont le conduit débouchait directement sur le parement des murs, ce qui provoquait pollution olfactive visuelle) ou fonctionnaient avec des « latrines à fosse » (latrines construites dans l'épaisseur du mur avec un conduit d’évacuation débouchant sur une fosse elle même ménagée dans le mur à son aplomb et périodiquement curée). Les villes connaissaient davantage de problèmes, car il était rare qu'il existe un système organisé de collecte et d'évacuation des excréments. Les habitants allaient dans des latrines publiques (cabanes sur les rivières ou fossés, sièges en planches percées posées sur des rondins. Les résidents des habitations privées utilisaient souvent des pots de chambres qui étaient vidés dans les rues avec les ordures. Ainsi, en 1671 à Berlin, les excréments s'accumulaient à un tel point devant une église qu'une loi fut votée obligeant les paysans visitant la ville à en embarquer une partie avec eux en repartant. Les résidants plus aisés faisaient parfois construire des édicules dans leur cour. Paris n'était guère mieux, où les habitants déféquaient directement dans les rues, tandis qu'à Versailles les courtisans faisaient leurs besoins derrière les portes, sur les balcons ou dans les jardins, sans s'en cacher. Les pratiques variaient entre les pays : La Rochefoucauld se dit ainsi choqué par les mœurs anglaises, notamment par les pots de chambre près de la table que les gens utilisaient même pendant le repas, à la vue de tous. L'Angleterre n'était pas mieux que la France : les cabanes au-dessus des rivières ont existé, mais de façon assez marginales. La plupart des « toilettes » débouchaient directement sur des fosses d'aisances rarement étanches, dont le contenu pénétrait dans le sol ou devait être vidé régulièrement. Le contenu était revendu aux fermiers voisins de la ville et, pendant les guerres anglo-espagnoles, revendu pour fabriquer le salpêtre utilisé dans la poudre à canon. Les fosses d'aisance étaient dangereuses et, quand elles étaient installées dans les caves, pouvaient facilement déborder comme le raconte Samuel Pepys dans son Journal.
Les problèmes se posaient surtout dans les villes européennes qui grandissaient ; à la campagne, les latrines étaient communément utilisées, consistant souvent en un banc percé de trous, au-dessus d'une large fosse, le tout dans une cabane séparée de la maison. Dans les villes, les classes nobles disposèrent de chaise percée à partir du XVIè siècle 21. Les classes aisées utilisaient des pots de chambre, parfois fermés et surmontés d'un siège percé plus confortable, vidés par les domestiques. Les classes plus pauvres utilisaient un coin de leur cave ou vidaient un pot de chambre dans la rue. Cette dernière pratique a dû être interdite dans les grandes villes : à Londres comme à Paris, il était interdit de décharger de l'eau dans les canaux des rues, jusqu'au milieu du XIXè siècle. Ces conditions vont mener à la création de la chasse d'eau au XVIè siècle et aux égouts au XIXè siècle.
Adoption lente de la chasse d'eau en Europe
En 1592, John Harington, poète et filleul de la reine Élisabeth Ire d'Angleterre, crée la première chasse d'eau dans sa maison à Kelston, près de Bath. Après que la Reine avait visité sa maison, elle en fit installer une à Richmond Palace. Bien qu'aucun exemplaire n'ait survécu, le traité de Harington A New Discourse on a Stale Subject: Called the Metamorphosis of Ajax (« Nouveau discours sur un sujet renfermé : appelé la métamorphose d'Ajax ») décrivait comment transformer son « pire petit coin » en « meilleure pièce de la maison », pour une somme très raisonnable pour l'époque. « La métamorphose d'Ajax » était un jeu de mot entre « jakes », mot d'argot de l'époque désignant les toilettes, et Ajax, le nom d'un personnage apparaissant dans les Métamorphoses d'Ovide. Par rapport aux systèmes de l'antiquité, qui évacuaient déjà les excréments avec de l'eau, la chasse d'eau de Harington pouvait tenir sans peine dans une petite pièce et déboucher sur une petite fosse d'aisance dans le jardin, tandis que les systèmes antiques étaient pour la plupart communautaires et laissaient les fèces à l'air libre.
L'invention d'Harington ne connut pas de grande notoriété de son vivant. Quelques voyageurs venus en Angleterre mentionnent les « machines du petit coin » au XVIIè siècle. Au début du XVIIIè siècle, on trouve quelques chasses d'eau en France : en 1738, les plans d'un bâtiment incluent de tels « lieux à l'Anglaise ». Le premier brevet est déposé par l'horloger Alexander Cummings en 1775. Son innovation majeure est l'ajout d'un tuyau courbé en forme de U, agissant comme siphon et empêchant les odeurs de remonter. L'eau contenue dans le siphon était complètement remplacée à chaque chasse d'eau, permettant un nettoyage automatique. Ces toilettes étaient bien plus compliquées que celles utilisées aujourd'hui, avec de nombreuses vannes d'entrée / sortie et de nombreuses tuyauteries. La chasse d'eau « moderne » avec la cuvette associée était à l'origine destinée aux plus pauvres, et ne s'est répandue qu'à partir des années 1840.
À la fin du XVIIIè siècle et surtout au début du XIXè siècle, le niveau de vie monte et de nombreux habitants des classes moyennes européennes accèdent à la propriété. Le marché des accessoires domestiques s'accroit, et notamment celui des toilettes. Des entrepreneurs comme Thomas Crapper se font connaitre grâce à cet ustensile. Mais les systèmes d'assainissement ne suivent pas : les toilettes se déversent dans des fosses d'aisance, elles-mêmes vidangées la nuit, et leur contenu sert à fertiliser les champs. La croissance des grandes villes (augmentant le coût du transport) et l'arrivée d'engrais moins cher comme le guano dans les années 1840 menacent ce commerce : dans les grandes villes européennes, les fosses d'aisance ne sont plus vidées, débordent dans les canaux de décharge des eaux de pluie, puis dans les rivières. Des égouts sont parfois construits, mais leur coût et les difficultés administratives ne leur permettent pas de remplir leur rôle.
La révolution sanitaire du XIXè siècle
Vers le milieu du XIXè siècle, le niveau de pollution de certaines rivières devient critique. Avec l'été chaud et sec de 1858, la Tamise baisse en volume pour ne plus charrier lentement qu'un flot d'excréments qui révolte et affole la population de Londres. La méconnaissance des mécanismes de transmission des maladies comme le choléra augmente la panique ; la proximité de la Tamise et du Parlement incite les députés à agir promptement. Deux semaines après le pic de la crise, une loi est votée, facilitant la construction d'égouts et débloquant des crédits conséquents. Cet évènement, connu sous le nom de « Grande Puanteur » marque le début de la « révolution sanitaire » que connaissent les métropoles européennes durant la seconde moitié du XIXè siècle.
Londres n'est pas la seule ville à connaître un tel évènement : par exemple, Paris aura sa « Grande Puanteur » de la Seine en août-septembre 1880.
[source : Wikipédia]